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Je m'étais une fois promise, petite fille, de parler à Dieu. J'avais jalousé la communion de mes camarades de classe, le cérémonial, les cadeaux, le sacré de l'événement auxquels seuls les croyants ont droit.
J'avais trouvé un sautoir dans la boîte à bijoux de ma mère, ressemblant suffisamment  à un chapelet pour faire l'affaire, et je m'étais agenouillée devant mon lit, dans le crépuscule du soir.
J'ai bien essayé de me rappeler les phrases que l'on récite, comme celles entendues dans certains films que j'avais déjà vu à cet âge-là, mais après quelques mots chuchotés, je n'ai pu parler davantage car je ne savais plus. J'ai attendu.
Ma voix s'était tue et il n'y avait rien, pas d'étoiles ni de rumeur céleste.
J'avais fermé les yeux et en les rouvrant tout était pareil, la lueur du jour déclinant, les cris des enfants au loin dans la rue. Je me suis sentie tout à coup un peu ridicule dans cette position que je ne prenais jamais, sur le tapis en peau de mouton, mon faux chapelet dans le poing. Peut-être qu'Il n'avait rien entendu, que je n'avais pas assez parlé, ou pas assez fort. Je ne lui demandais pourtant pas, moi, de nouvelle poupée pour ma communion, ni que mes parents arrêtent de se disputer. Je savais qu'il ne pouvait pas changer ce qui était.
Plus tard dans ma vie, j'ai prié quelques fois, toujours avec ce léger sentiment de ridicule, mais j'ai compris qu'on n'attend rien de ce moment-là, qu'il n'y a pas de dialogue, pas de génie de la lampe qui s'appellerait Dieu, mais simplement un moment de recueillement que l'on vit pour soi où notre parole intérieure monte silencieusement jusqu'au ciel.